Jacques Piquée : L’épilobe à feuilles étroites

L’épilobe à feuilles étroites 1

L’épilobe à feuilles étroites
( Chamaenerion angustifolium = Epilobium angustifolium)
de la famille des onagracées ou des oenothéracées.

Noms vernaculaires : laurier de St-Antoine, Antoinette, osier fleuri…
Comme les fleurs du laurier de St-Antoine sont construites sur le modèle 4 on pourrait, en se laissant aller à la facilité, classer cette plante dans la famille des crucifères. Mais un examen un peu plus approfondi permet rapidement d’observer des différences importantes et d’opter pour un choix radicalement différent. La plus importante de ces dissimilitudes est la position de l’ovaire. Chez l’épilobe, il est situé en dessous du périanthe (sépales et pétales). Les spécialistes parlent d’un ovaire infère.
Une autre différence concerne la maturité comparée des anthères et des stigmates. Chez la plupart des crucifères, ces deux organes sexuels sont synchrones et ces plantes sont généralement autofertiles. En revanche, chez l’épilobe, les anthères libèrent leur pollen gris bleu quelques jours avant l’ouverture des stigmates de la même fleur. Elle est donc autostérile et nécessite l’intervention des pollinisateurs.

Etymologie

Epilobium est la contraction de deux racines grecques, epi qui signifie dessus et lobos nom d’un fruit de type silique. Il s’agit d’une évocation évidente à la position de la fleur sur le dessus de l’ovaire.

Chamaenerion est également la contraction de deux racines grecques, chamae qui veut dire nain, peu élevé et nerio qui a donné Nerium le nom scientifique du laurier-rose.
Les feuilles de l’épilobe ressemblent en effet en miniature à celles du laurier – rose (Nerium oleander).
Le nom spécifique angustifolium est la contraction de deux racines latines, angusti qui veut dire étroit et folio qui veut dire feuille

L’épilobe à feuilles étroites 2L’épilobe à feuilles étroites 3

Les fleurs hermaphrodites de l’épilobe à feuilles étroites sont protandres (pro= premier et andros = mâle). En haut fleur au stade mâle et en bas, quelques jours plus tard la même au stade femelle.

L’épilobe à feuilles étroites 4

Description
L’épilobe à feuilles étroites est une plante vivace herbacée à tiges aériennes annuelles. Chaque année de nombreuses pousses sont formées par la souche robuste. Elles donnent des tiges solides qui atteignent largement plus d’un mètre cinquante. Elles portent des feuilles alternes, linéaires, étroitement lancéolées et sessiles. Dans le courant du mois de juillet, ses tiges se terminent par de longues grappes de fleurs relativement grosses et de couleur magenta. Leurs sépales colorés sont plus foncés que les pétales. Ces fleurs hermaphrodites sont typiquement protandres c’est à dire que les étamines d’une fleur arrivent à maturité avant la réceptivité des stigmates de la même fleur. Pour attirer les pollinisateurs indispensables à leur fécondation, les fleurs agréablement parfumées, sécrètent un abondant nectar largement butiné par les abeilles. Au Canada, où cette plante est très répandue, les apiculteurs transhument en masse pour récolter un miel qui, au dire des amateurs, serait le «champagne» des miels ! En France, c’est un produit très rare à l’état pur mais plus souvent présent en mélange dans les miels de montagne.
Le fruit de l’épilobe n’est pas une silique mais une longue capsule qui s’ouvre par quatre fentes à maturité. Il libère de nombreuses graines munies de poils soyeux qui facilitent leur dissémination par le vent.
L’épilobe est une plante héliophile pionnière qui se développe en colonie dense sur des sols frais mais non marécageux et plutôt siliceux et acides. Elle résiste parfaitement au feu et c’est souvent la première plante à recoloniser les clairières forestières à la suite d’un incendie.

L’épilobe à feuilles étroites 5

Le saviez -vous ?
– Toutes les parties du laurier de St-Antoine sont comestibles et notamment les jeunes pousses et les fleurs. On peut également utiliser les feuilles séchées pour préparer une boisson connue sous le nom de thé russe.
– Il existe un très joli cultivar à fleurs blanches qui illuminent les endroits ombragés du jardin.
– La chenille du grand sphinx de la vigne (Deilephila elpenor) se développe essentiellement sur les onagracées et notamment sur les épilobes.
-L’épilobe possède de nombreuses propriétés médicinales. Elle serait, entre autres, efficace contre le cancer de la prostate et stimulante du système immunitaire.
Outre les abeilles, le parfum et le nectar des fleurs attirent aussi les lépidoptères comme ici à gauche le tristan (Aphantopus hyperantus).
A droite, l’imago du grand sphinx de la vigne dont la chenille se développe sur les onagracées.
Espèce voisine L’épilobe hirsute ou épilobe hérissée (Epilobium hirsutum) appelée également épilobe à grandes fleurs.
L’épilobe hirsute pousse le plus souvent les pieds dans l’eau. On la rencontre communément dans les fossés, les bords d’étangs, les mégaphorbiées… bref dans toutes les zones humides. A priori et contrairement à l’épilobe à feuilles étroites, la stratégie de cette espèce pour éviter l’autogamie semble plutôt reposer sur la longueur différente entre stigmates et étamines. De plus, comme sa multiplication est essentiellement végétative, les graines soyeuses ont un rôle très secondaire. Leur germination est très capricieuse.
Il existe de nombreuses autres espèces parfois considérées comme de «mauvaises herbes».

Cultiver des plantes mellifères en ville et au jardin
Paru en janvier 2016

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